Les fleurs des champs sont en danger de disparition, s’affolent aujourd’hui les naturalistes. Même si le phénomène y est un peu moins violent qu’ailleurs, l’érosion des plantes et fleurs dites «messicoles», c’est-à-dire associées aux cultures annuelles (blé, colza, luzerne…), est devenue inquiétante en Deux-Sèvres, au Centre-Ouest de la France.
C’est en tout cas le sentiment de Stéphane Barbier, botaniste au sein de Deux-Sèvres Nature Environnement. Pour l’affirmer, il compare les données actuelles avec le guide élaboré par Baptiste Souché au tout début du XXe siècle. «On y lit que la renoncule des champs était si abondante qu’elle posait problème dans les cultures.» Or cette cousine du bouton-d’or ne fait désormais plus de concurrence, totalement effacée par les herbicides.
Depuis le printemps, Stéphane Barbier conduit un travail d’inventaire dans tout le département, jusqu’à mi-août.
Ce nouveau recensement risque de se résumer une longue énumération de fleurs disparues? Si ces espèces restent menacées, les naturalistes retiennent quelques raisons d’espérer: «On a remarqué que ces plantes survivent souvent dans les bords de champs, quand les rampes de désherbage ne pulvérisent pas jusqu’aux limites des parcelles.»
Ainsi, des fleurs qu’on pensait éradiquées ont été de nouveau observées: ainsi de la délicate nigelle de France ou du jaune chrysanthème des moissons. «On constate aussi que, dès qu’on arrête les traitements, ces variétés recolonisent assez vite les terres, c’est flagrant sur les parcelles en conversion bio.»
Au fait, pourquoi les botanistes s’échinent-ils à recenser ces fleurs? «D’abord, elles contribuent à nourrir les butineurs. Ensuite, elles font partie de notre patrimoine commun. C’est simple: nous pensons qu’il faut empêcher leur disparition.»